{"id":10843,"date":"2024-03-30T16:07:16","date_gmt":"2024-03-30T08:07:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.yzzks.com\/?p=10843"},"modified":"2024-03-30T16:07:18","modified_gmt":"2024-03-30T08:07:18","slug":"%e6%b8%a1%e4%b8%8d%e8%bf%87%e7%9a%84%e5%b7%a8%e6%b5%81%e6%b2%b3%ef%bc%9a%e8%ae%b0%e9%bd%90%e9%82%a6%e5%aa%9b%e5%85%88%e7%94%9f-%e7%8e%8b%e5%be%b7%e5%a8%81","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/latest-news\/10843\/","title":{"rendered":"La rivi\u00e8re infranchissable : les m\u00e9moires de M. Qi Bangyuan | Wang Dewei"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">La professeure Qi Bangyuan est l'une des figures les plus respect\u00e9es du monde litt\u00e9raire et \u00e9ducatif ta\u00efwanais ; ses \u00e9l\u00e8ves l'appellent souvent avec d\u00e9f\u00e9rence \u201c Madame Qi \u201d. Son autobiographie, *Le Grand Fleuve*, a remport\u00e9 un vif succ\u00e8s tant aupr\u00e8s de la critique que du public. Dans cette biographie de 250 000 caract\u00e8res, Madame Qi revient sur une vie riche en rebondissements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers son parcours personnel, M. Qi aborde les diff\u00e9rents tournants de la Chine moderne : les p\u00e9rip\u00e9ties des intellectuels et leur sentiment d\u2019angoisse permanent ; ainsi que les revers et le courage des femmes qui se consacrent \u00e0 la recherche universitaire. Mais surtout, en tant que promoteur de la litt\u00e9rature, M. Qi ne cesse de s\u2019interroger : dans une histoire aussi marqu\u00e9e par les lacunes, pourquoi la litt\u00e9rature est-elle la seule cause \u00e0 d\u00e9fendre sans rel\u00e2che ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Le Grand Fleuve \u00bb est un livre empreint de m\u00e9lancolie. Cette m\u00e9lancolie n\u2019est pas tant le reflet des sentiments personnels de Mme Qi que la projection de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit g\u00e9n\u00e9ral de sa g\u00e9n\u00e9ration. Au regard de son milieu familial, de son \u00e9ducation et de ses r\u00e9alisations, on peut dire que Mme Qi a en r\u00e9alit\u00e9 eu de la chance. Pourtant, au-del\u00e0 des apparences, elle y d\u00e9peint les aspirations et les regrets, les espoirs et la m\u00e9lancolie de toute une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Originaire de Tieling, dans la province du Liaoning, Mme Qi a quitt\u00e9 sa ville natale \u00e0 l\u2019\u00e2ge de six ans, puis a parcouru le pays du nord au sud pendant les dix-sept ann\u00e9es qui ont suivi. En 1947, par un hasard extraordinaire, M. Qi s\u2019est rendu \u00e0 Ta\u00efwan pour occuper le poste d\u2019assistant au d\u00e9partement de langues \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Universit\u00e9 nationale de Ta\u00efwan ; il ne s\u2019attendait pas \u00e0 s\u2019y installer pour plus de soixante ans. Du Nord-Est \u00e0 Ta\u00efwan, de six ans \u00e0 soixante ans, ces deux lieux \u2013 l\u2019un \u00e9tant sa terre natale qui occupe sans cesse ses pens\u00e9es, l\u2019autre celui o\u00f9 elle a trouv\u00e9 refuge et s\u2019est construite une vie \u2013 sont tous deux sa patrie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"852\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-1200x852.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10845\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-1200x852.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-500x355.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-300x213.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-768x545.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-106x75.jpeg 106w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3002-480x341.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo de famille de Qi Bangyuan (au fond, premi\u00e8re \u00e0 droite)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Nord-Est et Ta\u00efwan sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre et pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques g\u00e9ographiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes, mais ils ont connu des destins similaires dans l\u2019histoire moderne de la Chine, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 former une relation de reflet mutuel. Le Nord-Est, berceau de la dynastie des Qing, \u00e9tait une r\u00e9gion vaste et peu peupl\u00e9e ; ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1870 que les Han y furent autoris\u00e9s \u00e0 s\u2019installer pour cultiver la terre. Ta\u00efwan, isol\u00e9e au large des c\u00f4tes, n\u2019a vu arriver une immigration massive en provenance du sud du Fujian qu\u2019au XIXe si\u00e8cle. Au tournant du XXe si\u00e8cle, ces deux r\u00e9gions sont devenues la cible des convoitises des puissances imp\u00e9rialistes occidentales et orientales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la guerre de 1895 (guerre de Jiawu), la Chine et le Japon sign\u00e8rent le \u201c Trait\u00e9 de Shimonoseki \u201d, en vertu duquel Ta\u00efwan et la p\u00e9ninsule du Liaodong furent c\u00e9d\u00e9s au Japon. Par la suite, la question de l\u2019appartenance de la p\u00e9ninsule du Liaodong suscita l\u2019ing\u00e9rence de l\u2019Empire russe, de la France et de l\u2019Allemagne ; ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s de nombreuses p\u00e9rip\u00e9ties que la Chine parvint \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9rer en versant une \u201c indemnit\u00e9 de rachat \u201d. D\u00e8s que les grandes puissances s\u2019en sont m\u00eal\u00e9es, ces deux r\u00e9gions ont connu une p\u00e9riode troubl\u00e9e. Au cours des cinquante ann\u00e9es qui ont suivi, Ta\u00efwan est devenue une colonie japonaise, tandis que le Nord-Est, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la guerre russo-japonaise (1905) et l\u201c\u201d incident du 18 septembre \u00bb (1931), a finalement vu l\u2019instauration, orchestr\u00e9e de main de ma\u00eetre par le Japon, du \u00ab \u00c9tat fantoche de Mandchourie \u00bb (1932-1945).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces deux r\u00e9gions sont des terre d'immigration, et leur atmosph\u00e8re rebelle et insoumise a toujours rebut\u00e9 les responsables du pouvoir central. Elles ont toutes deux \u00e9t\u00e9, \u00e0 des degr\u00e9s divers, des colonies, et ont toujours nourri en elles un sentiment de trag\u00e9die et d'injustice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si *Le Grand Fleuve* n'aborde pas en d\u00e9tail l'histoire du Nord-Est et de Ta\u00efwan, le lecteur aura toutefois du mal \u00e0 saisir les sentiments qui transparaissent entre les lignes s'il ne parvient pas \u00e0 cerner les sentiments complexes que l'auteure \u00e9prouve \u00e0 l'\u00e9gard de ces deux r\u00e9gions. Le fil conducteur qui relie l'histoire et la politique du Nord-Est et de Ta\u00efwan dans cet ouvrage est M. Qi Shiying (1899-1987), le p\u00e8re de Mme Bang Yuan.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"852\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-1200x852.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10847\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-1200x852.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-500x355.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-300x213.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-768x545.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-106x75.jpeg 106w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3003-480x341.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Shiying (au centre, au premier rang) et sa s\u0153ur Qi Jinghuan (premi\u00e8re \u00e0 droite, au premier rang) ont autrefois organis\u00e9 la r\u00e9sistance contre le Japon dans le Nord-Est<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Shiying faisait partie de l\u2019\u00e9lite du Nord-Est \u00e0 l\u2019aube de la R\u00e9publique. Dans sa jeunesse, il avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une bourse d\u2019\u00e9tudes financ\u00e9e par Zhang Zuolin et avait \u00e9tudi\u00e9 successivement au Japon et en Allemagne. Compte tenu de l\u2019isolement du Nord-Est \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 un parcours remarquable. Cependant, le jeune Qi Shiying nourrissait d\u2019autres ambitions. En 1925, de retour \u00e0 Shenyang apr\u00e8s son s\u00e9jour en Allemagne, il fit la connaissance de Guo Songling (1883-1925), commandant de la \u00ab Nouvelle Arm\u00e9e \u00bb et l\u2019un des g\u00e9n\u00e9raux du mar\u00e9chal Zhang. Indign\u00e9 par les invasions japonaises et russes dans le Nord-Est et par le fait que les seigneurs de la guerre continuaient de se livrer \u00e0 une guerre civile, Guo Songling organisa un coup de force contre Zhang Zuolin, et Qi Shiying, bien qu\u2019il f\u00fbt simple lettr\u00e9, se joignit \u00e0 lui avec enthousiasme. Mais Guo Songling, qui ne b\u00e9n\u00e9ficiait ni du moment propice, ni de l\u2019avantage du terrain, ni du soutien du peuple, subit peu apr\u00e8s une d\u00e9faite militaire \u00e0 Juliuhe et y trouva la mort. Qi Shiying s\u2019exila d\u00e8s lors.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c Le fleuve insurmontable \u201d est devenu, dans *Le Fleuve insurmontable*, l\u2019image la plus importante pour \u00e9voquer l\u2019histoire tourment\u00e9e du Nord-Est et de la Chine. Mais l\u2019histoire n\u2019est pas une hypoth\u00e8se, et on ne peut pas la r\u00e9\u00e9crire : le d\u00e9fi de Qi Shiying ne fait que commencer. Il p\u00e9n\u00e9tra dans les provinces situ\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des passes, rejoignit le Kuomintang et fut charg\u00e9 des affaires du parti dans le Nord-Est, tout en fondant le lyc\u00e9e Zhongshan pour accueillir les \u00e9tudiants exil\u00e9s du Nord-Est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin de la guerre de r\u00e9sistance, Qi Shiying fut charg\u00e9 de r\u00e9organiser les ressources humaines dans le Nord-Est et de reconstruire sa r\u00e9gion natale, mais il constata que les hauts responsables du Kuomintang charg\u00e9s de la reprise du pouvoir \u00e9taient corrompus et incomp\u00e9tents. Avec la mont\u00e9e en puissance du Parti communiste chinois, le Kuomintang subit ici une d\u00e9faite cuisante, et Qi Shiying dut \u00e0 nouveau s'exiler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin de sa vie, Qi Shiying a publi\u00e9 un r\u00e9cit autobiographique dans lequel il \u00e9voque les tensions qui l\u2019ont oppos\u00e9 au si\u00e8ge du Parti nationaliste pendant la majeure partie de sa vie, mais ses propos restent souvent voil\u00e9s. Ce qui distingue *Le Grand Fleuve* de cet ouvrage, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit des souvenirs d\u2019une fille \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re ; le point de vue est donc naturellement diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient surtout de noter que *Le Grand Fleuve* raconte les p\u00e9rip\u00e9ties de Qi Shiying apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Ta\u00efwan. En 1954, Qi Shiying s\u2019attira les foudres de Chiang Kai-shek en s\u2019opposant \u00e0 la politique d\u2019augmentation des tarifs d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 destin\u00e9e \u00e0 financer les d\u00e9penses militaires, ce qui lui valut d\u2019\u00eatre exclu du parti ; en 1960, il faillit m\u00eame \u00eatre emprisonn\u00e9 pour avoir tent\u00e9 de fonder un nouveau parti.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"852\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-1200x852.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10848\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-1200x852.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-500x355.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-300x213.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-768x545.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-106x75.jpeg 106w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3004-480x341.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c Maman, quel est mon nom de famille aujourd\u2019hui ? \u201d \u2014 Apr\u00e8s l\u2019incident du 18 septembre, Qi Bangyuan (\u00e0 gauche) s\u2019est exil\u00e9e avec sa famille dans la concession, o\u00f9 elle changeait fr\u00e9quemment de nom chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi a consacr\u00e9 la seconde moiti\u00e9 de sa vie \u00e0 la cause du bien-\u00eatre et de la d\u00e9mocratie \u00e0 Ta\u00efwan, mais au fond de lui, son opposition \u00e0 Tchang Ka\u00ef-chek trouvait \u00e9galement son origine dans le ressentiment des habitants du Nord-Est. Que ce soit le Nord-Est ou Ta\u00efwan, ces deux r\u00e9gions n\u2019\u00e9taient que des pions entre les mains du r\u00e9gime de Tchang Ka\u00ef-chek.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fleuve insurmontable : tant de sentiments ardents ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par les flots. \u00c0 la fin de sa vie, Qi Shiying s\u2019\u00e9teignit dans la m\u00e9lancolie, au milieu de journ\u00e9es empreintes d\u2019une col\u00e8re solitaire. Mais comme l\u2019a dit M. Tang Junyi \u00e0 propos de l\u2019esprit humaniste chinois, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une vie \u201c qui fait trembler le ciel et \u00e9branler la terre \u201d ou d\u2019une vie \u201c o\u00f9 le ciel est silencieux et la terre solitaire \u201d, s\u2019il a cherch\u00e9 la vertu et l\u2019a trouv\u00e9e, que pourrait-il regretter ? C\u2019est \u00e0 sa fille qu\u2019il reviendra de perp\u00e9tuer le lien qui unissait ce \u201c grand homme \u201d du Nord-Est \u00e0 Ta\u00efwan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Bangyuan fut sans doute l\u2019une des premi\u00e8res intellectuelles continentales \u00e0 s\u2019installer \u00e0 Ta\u00efwan apr\u00e8s la lib\u00e9ration de l\u2019\u00eele. \u00c0 cette \u00e9poque, Ta\u00efwan subissait encore les cons\u00e9quences de la d\u00e9faite japonaise ; les \u00e9v\u00e9nements du \u201c 28 f\u00e9vrier \u201d venaient tout juste de se produire et la guerre civile entre le Kuomintang et le Parti communiste battait son plein, dans un climat marqu\u00e9 par de nombreuses incertitudes. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019une jeune femme originaire du Nord-Est a entam\u00e9 un nouveau chapitre de sa vie \u00e0 Ta\u00efwan. Elle fut l\u2019une des premi\u00e8res universitaires \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la litt\u00e9rature ta\u00efwanaise et l\u2019une des pionni\u00e8res de sa diffusion \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bataille de Juliu est depuis longtemps tomb\u00e9e dans l\u2019oubli, et ce jeune homme passionn\u00e9 au regard brillant que l\u2019on voit sur la photo, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 bien des \u00e9preuves, repose d\u00e9sormais en paix. Quant \u00e0 sa fille, qui avait quitt\u00e9 son pays natal \u00e0 l\u2019\u00e2ge de six ans, le hasard a voulu qu\u2019elle devienne ce que Bai Xianyong appelle \u201c l\u2019ange gardien de la litt\u00e9rature ta\u00efwanaise \u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En jetant un regard r\u00e9trospectif, Mme Bang-yuan s\u2019est demand\u00e9, tout en rendant hommage \u00e0 Ta\u00efwan : \u201c A-t-elle jamais \u00e9crit un r\u00e9cit empreint de sang et de larmes pour sa terre natale et pour ceux qui se sont battus pour elle ? \u201d *Le Grand Fleuve* est donc un ouvrage qui arrive tardivement. C\u2019est un dialogue entre une fille et son p\u00e8re, qui transcende le grand fleuve de la vie, mais aussi une confession de Mme Bangyuan \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Nord-Est, o\u00f9 elle ne peut retourner, et de Ta\u00efwan, qu\u2019elle ne quittera plus jamais.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"922\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-1200x922.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10849\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-1200x922.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-500x384.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-300x230.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-768x590.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-16x12.jpeg 16w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-98x75.jpeg 98w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3005-480x369.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temple Baoguo \u00e0 P\u00e9kin, ancien site du \u201c Lyc\u00e9e national Sun Yat-sen \u201d fond\u00e9 par Qi Shiying<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les nombreux personnages \u00e9voqu\u00e9s dans *Le Grand Fleuve*, je pense que quatre d\u2019entre eux ont le plus influenc\u00e9 l\u2019attitude de M. Bang Yuan : Qi Shiying, Zhang Dafei, Zhu Guangqian et Qian Mu. Comme indiqu\u00e9 plus haut, la vie de M. Qi Shiying constitue le \u201c texte cach\u00e9 \u201d de cet ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan politique, depuis la bataille de Juliu jusqu\u2019au retrait du Kuomintang du continent, il fut sans conteste une figure de premier plan ; pourtant, apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Ta\u00efwan, sa carri\u00e8re prit fin pr\u00e9matur\u00e9ment pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 les dirigeants. Aux yeux de Qi Bangyuan, son p\u00e8re, dot\u00e9 d\u2019une grande fiert\u00e9, n\u2019a jamais pu s\u2019imposer au c\u0153ur du pouvoir. Mais elle estime que la particularit\u00e9 de son p\u00e8re ne r\u00e9side pas tant dans son obstination \u00e0 d\u00e9fendre ce qu\u2019il jugeait juste ; ce qui importe davantage, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait un homme de caract\u00e8re \u201c doux et int\u00e8gre \u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison qu\u2019apr\u00e8s le massacre de Nankin, lorsque Qi Shiying retrouva sa famille \u00e0 Wuhan, \u201c son mouchoir blanc \u00e9tait couvert de poussi\u00e8re gris-jaune\u2026 et compl\u00e8tement tremp\u00e9 de larmes. Il dit : \u2018Notre pays est vraiment en ruines et notre famille a \u00e9t\u00e9 an\u00e9antie.\u2019 \u201d Apr\u00e8s le grand bombardement de Chongqing, une pluie torrentielle s\u2019abattit toute la nuit : \u201c Maman \u00e9tait de nouveau malade\u2026 Toute la famille s\u2019entassait dans une maison dont il ne restait plus que la moiti\u00e9 du toit\u2026 Assis au bord du lit, il tenait d\u2019une main un grand parapluie pour prot\u00e9ger sa t\u00eate et celle de sa m\u00e8re, et attendait ainsi que l\u2019aube se l\u00e8ve \u201d\u2026 \u00c0 la fin de sa vie, Qi Shiying \u00e9tait m\u00e9lancolique ; chaque fois qu\u2019il \u00e9voquait les circonstances de la chute du Nord-Est, il fondait en larmes sans pouvoir se retenir. C\u2019\u00e9taient des larmes de d\u00e9sespoir et de culpabilit\u00e9, mais aussi des larmes d\u2019int\u00e9grit\u00e9 et de dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"866\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-1200x866.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10851\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-1200x866.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-500x361.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-300x217.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-768x554.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-104x75.jpeg 104w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3006-480x347.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Shiying \u00e0 la fin de sa vie (1956, photo fournie par Qi Bangyuan)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vie de Qi Shiying a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des hauts et des bas, mais Qi Bangyuan affirme avoir appris de son p\u00e8re la \u201c douceur \u201d et la \u201c puret\u00e9 \u201d, ce qui est pour le moins intrigant. Les p\u00e9riodes de troubles font na\u00eetre des h\u00e9ros, mais au-del\u00e0 du succ\u00e8s et de l\u2019\u00e9chec, combien de personnes parviennent \u00e0 conserver toute leur vie cette \u201c douceur \u201d et cette \u201c puret\u00e9 \u201d ? Tel est le ton g\u00e9n\u00e9ral de *Le Grand Fleuve*, une r\u00e9flexion sur l\u2019histoire et la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C'est avec ces crit\u00e8res \u00e0 l'esprit que Qi Bangyuan a racont\u00e9 l'histoire de sa relation avec Zhang Dafei (1918-1945). Originaire du Nord-Est, Zhang Dafei avait un p\u00e8re qui, lors de la cr\u00e9ation du \u201c pseudo-\u00c9tat de Mandchourie \u201d, occupait le poste de chef de la police du comt\u00e9 de Shenyang ; pour avoir aid\u00e9 la r\u00e9sistance contre le Japon, il fut asperg\u00e9 de peinture et br\u00fbl\u00e9 vif en public par les Japonais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Zhang Dafei s'est r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 l'int\u00e9rieur des passes et, apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 au lyc\u00e9e Zhongshan, a fait la connaissance de la famille Qi ; apr\u00e8s l\u201c\u201d incident du 7 juillet \u00bb, il s'est engag\u00e9 dans l'arm\u00e9e de l'air et est tomb\u00e9 au combat lors d'un combat a\u00e9rien dans le Henan, \u00e0 la veille de la victoire. L\u2019histoire de Zhang Dafei est \u00e0 la fois tragique et h\u00e9ro\u00efque ; la protection qu\u2019il a accord\u00e9e \u00e0 la jeune Qi Bangyuan est devenue le lien le plus profond qui les unissait, et lorsqu\u2019il a affront\u00e9 la mort, comme le voulait son destin, il a laiss\u00e9 aux vivants un regret \u00e9ternel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Zhang Dafei d\u00e9peint par Qi Bangyuan, avec son allure h\u00e9ro\u00efque et son amour sinc\u00e8re et d\u00e9vou\u00e9, est sans doute le personnage le plus marquant du livre. Sa silhouette se dressant sous la pluie dans l\u2019enceinte de l\u2019universit\u00e9 de Qi Bangyuan, sa foi religieuse sinc\u00e8re, sa lettre d\u2019adieu m\u00e9lancolique : tout cela est impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019un romantisme m\u00ealant jeunesse et mort.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"740\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-1200x740.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10852\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-1200x740.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-500x308.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-300x185.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-768x473.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-122x75.jpeg 122w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3007-480x296.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les effets personnels du martyr Zhang Dafei<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que M. Bang Yuan tient \u00e0 clarifier : leur relation ne peut \u00eatre class\u00e9e aussi facilement, car il s\u2019agit d\u2019une confiance sinc\u00e8re, d\u2019un sentiment des plus purs. Notre imaginaire actuel de la R\u00e9sistance est depuis longtemps monopolis\u00e9 par des r\u00e9cits tels que *Lust, Caution*. Alors que les universitaires et les \u00e9crivains analysent sans rel\u00e2che les relations amoureuses complexes \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019\u00c9l\u00e9onore Chang, une vie et une mort comme celles de Zhang Dafei nous laissent au contraire sans voix. Face aux d\u00e9funts, n\u2019est-ce pas l\u00e0 une forme de comm\u00e9moration encore plus difficile ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin du si\u00e8cle dernier, M. Bang Yuan, alors \u00e2g\u00e9 de soixante-quinze ans, s\u2019est rendu au M\u00e9morial des soldats tomb\u00e9s au combat de Nankin, o\u00f9 il a retrouv\u00e9 le nom de Zhang Dafei parmi les milliers de victimes. Le myst\u00e8re, vieux de cinquante-cinq ans, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9 : la poussi\u00e8re retourne \u00e0 la poussi\u00e8re, la terre retourne \u00e0 la terre. La le\u00e7on que l\u2019histoire nous enseigne ici ne concerne ni les h\u00e9ros, ni d\u2019ailleurs les hommes ou les femmes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cela appartient d\u00e9sormais au pass\u00e9 \u2014 comme l\u2019a dit M. Bang Yuan, la vie de Zhang Dafei fut aussi \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qu\u2019une fleur de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re : \u201c Elle s\u2019\u00e9panouit dans la nuit la plus sombre, se referme aussit\u00f4t et tombe \u00e0 terre \u201d, rien de plus ; et pourtant, elle \u00e9tait \u201c d\u2019une noblesse indescriptible \u201d, \u201c d\u2019une puret\u00e9 et d\u2019un \u00e9clat sans pareils \u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. Zhu Guangqian (1897-1986) est l'esth\u00e9ticien le plus c\u00e9l\u00e8bre de la Chine moderne. Pendant la guerre de r\u00e9sistance, il enseignait \u00e0 l'universit\u00e9 de Wuhan \u00e0 Leshan et, reconnaissant le talent de Qi Bangyuan, il l'a personnellement encourag\u00e9e \u00e0 passer du d\u00e9partement de philosophie \u00e0 celui des langues \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En g\u00e9n\u00e9ral, la connaissance que l'on a de Zhu Guangqian se limite \u00e0 ses *Douze lettres aux jeunes* ou \u00e0 *La psychologie de la trag\u00e9die* ; en r\u00e9alit\u00e9, Zhu fut \u00e9galement une figure cl\u00e9 de la litt\u00e9rature de l\u201c\u201d \u00e9cole de P\u00e9kin \u201c des ann\u00e9es 1930, pr\u00f4nant, aux c\u00f4t\u00e9s de Shen Congwen et d\u2019autres, une conception de l\u2019\u00e9criture empreinte de respect, de rigueur et de sinc\u00e9rit\u00e9. C\u2019est toutefois ce qui fut \u00e0 l\u2019origine des controverses que Zhu suscita par la suite dans les milieux universitaires. En 1935, Lu Xun publia un article attaquant la conception \u201d sereine \u00bb de la litt\u00e9rature d\u00e9fendue par Zhu, ce qui fit grand bruit \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"694\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-1200x694.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10854\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-1200x694.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-500x289.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-300x174.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-768x444.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-18x10.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-130x75.jpeg 130w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3008-480x278.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant ses \u00e9tudes \u00e0 l'universit\u00e9 d'\u00c9dimbourg, au Royaume-Uni, Zhu Guangzhan<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La description que fait Qi Bangyuan de l\u2019enseignement de Zhu Guangqian pendant la Guerre de R\u00e9sistance r\u00e9v\u00e8le une facette peu connue de ce dernier. En r\u00e9citant, mot \u00e0 mot, les po\u00e8mes de Shelley et de Keats au milieu des combats, Zhu, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre en d\u00e9calage avec son \u00e9poque, a ouvert une autre dimension de r\u00e9ponse \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u2014 comme le dit le proverbe : \u201c Ne pas parler de soi, c\u2019est comme ne pas pouvoir supporter le chagrin. \u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour, alors que Zhu commentait un long po\u00e8me de Wordsworth, il fut soudain pris d\u2019une \u00e9motion si vive qu\u2019il ne put retenir ses sanglots ; il \u201c quitta la salle de classe \u00e0 grands pas, laissant toute l\u2019assembl\u00e9e stup\u00e9faite \u201d. Ce qui retient ici l\u2019attention, ce ne sont pas les larmes de Zhu Guangqian, mais le fait qu\u2019il ait quitt\u00e9 la salle de classe \u00e0 grands pas. C\u2019est l\u00e0 une attitude qui t\u00e9moigne de sa dignit\u00e9. L\u2019esth\u00e9tique de Zhu est en r\u00e9alit\u00e9 teint\u00e9e d\u2019une profonde m\u00e9lancolie ; lorsqu\u2019il \u00e9voque la \u201c s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 \u201d, comment pourrait-il \u00eatre indiff\u00e9rent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ? Il s\u2019agit l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment de la lucidit\u00e9 et de la dignit\u00e9 qui naissent apr\u00e8s avoir tir\u00e9 les le\u00e7ons de la douleur, de cet esprit \u201c tragique \u201d \u00e0 la chinoise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L'amiti\u00e9 entre M. Qian Mu (1895-1990) et Qi Bangyuan, malgr\u00e9 leur diff\u00e9rence d'\u00e2ge, constitue un autre moment fort du roman *Le Grand Fleuve*. Lorsqu\u2019ils se sont rencontr\u00e9s pour la premi\u00e8re fois, Qi travaillait \u00e0 la \u201c Maison nationale de compilation \u201d, tandis que Qian vivait d\u00e9j\u00e0 en reclus \u00e0 la tour Sushu, \u00e0 Waishuangxi, pr\u00e8s de Taipei. Ils se sont retrouv\u00e9s tous deux m\u00eal\u00e9s \u00e0 une pol\u00e9mique concernant une nouvelle \u00e9dition de l\u201c*Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la Chine*, dont on reprochait qu\u2019elle portait atteinte au culte du saint guerrier Yue Fei ; le grand ma\u00eetre des \u00e9tudes chinoises fut m\u00eame accus\u00e9 d\u2019avoir apport\u00e9 son soutien \u00e0 un ouvrage universitaire visant \u00e0 \u201d \u00e9branler les fondements de la nation \u201c. C\u2019est l\u00e0 un nouvel exemple de la politisation extr\u00eame de l\u2019histoire \u00e0 une \u00e9poque marqu\u00e9e par l\u2019extr\u00e9misme. Mais Qian Mu resta imperturbable. Il n\u2019y avait pas d\u2019autre raison \u00e0 cela : apr\u00e8s avoir travers\u00e9 tant de temp\u00eates, sa conviction quant \u00e0 la transmission de la culture reposait uniquement sur la \u201d sinc\u00e9rit\u00e9 et la clart\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette \u00e9poque, Qian Mu perdait peu \u00e0 peu la vue, mais son esprit n\u2019en devenait que plus serein. Pendant dix-huit ans, Qi Bangyuan lui rendit r\u00e9guli\u00e8rement visite pour discuter de la vie et de la mani\u00e8re dont les lettr\u00e9s pouvaient survivre en p\u00e9riode de troubles. \u00c0 la fin de l\u2019automne, Ta\u00efwan offrait un spectacle d\u00e9sol\u00e9, mais devant la demeure du ma\u00eetre, les marches recouvertes de feuilles rouges restaient, comme toujours, un havre de paix et de splendeur. Puis, en 1990, sous les pressions du \u201c d\u00e9put\u00e9 \u201d Chen Shui-bian et face \u00e0 l\u2019inaction du \u201c pr\u00e9sident \u201d Lee Teng-hui, Qian fut contraint de quitter le Su Shu Lou ; il d\u00e9c\u00e9da deux mois plus tard.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"blob:https:\/\/www.yzzks.com\/7fa79fc0-8899-4186-9778-2ca1a2909501\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qian Mu et son \u00e9pouse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son ouvrage *Esquisse de l\u2019histoire nationale*, Qian Mu affirme d\u2019embl\u00e9e que \u201c quiconque poss\u00e8de une connaissance m\u00eame sommaire de l\u2019histoire de son pays ne peut manquer d\u2019\u00e9prouver une certaine affection et un certain respect pour le pass\u00e9 de celui-ci \u201d. Ce n\u2019est que dans les r\u00e9cits personnels, n\u00e9s de l\u2019affection et du respect port\u00e9s aux figures embl\u00e9matiques du pass\u00e9, que le sens de l\u2019histoire se r\u00e9v\u00e8le. \u201c Il existe encore dans le monde des personnes et des \u00e9v\u00e9nements que l\u2019on ne peut oublier \u201d : il en a \u00e9t\u00e9 ainsi par le pass\u00e9, et il devrait en \u00eatre de m\u00eame \u00e0 l\u2019avenir. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que r\u00e9side l\u2019enseignement le plus profond que Madame Bang Yuan a tir\u00e9 de M. Qian.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des ann\u00e9es 30 aux ann\u00e9es 90, Qi Bangyuan a pass\u00e9 soixante ans dans le milieu scolaire, tant\u00f4t en tant qu\u2019\u00e9tudiante, tant\u00f4t en tant qu\u2019enseignante, t\u00e9moin des interactions complexes entre le savoir et des facteurs ext\u00e9rieurs \u00e0 celui-ci. Elle a un jour d\u00e9clar\u00e9 que sa vie ressemblait \u00e0 \u201c une ascension, mot apr\u00e8s mot, sur un escalier de pierre constitu\u00e9 de livres empil\u00e9s les uns sur les autres \u201d. Mais elle finit par d\u00e9couvrir que cet escalier de pierre \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un escalier vers le ciel, et que \u201c d\u00e8s ses premiers pas, cet escalier avait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 \u201d. Le retrait pr\u00e9matur\u00e9 de cet escalier vers le savoir n\u2019est pas seulement li\u00e9 aux bouleversements historiques d\u2019un demi-si\u00e8cle, il met surtout en \u00e9vidence les limites li\u00e9es \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de genre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201cApr\u00e8s l\u201d\u201c incident du 18 septembre \u201d, un grand nombre de jeunes du Nord-Est se r\u00e9fugi\u00e8rent dans les provinces int\u00e9rieures. \u00c9mu par le fait qu\u2019ils ne pouvaient plus aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, Qi Shiying multiplia les d\u00e9marches et fonda en 1934 le lyc\u00e9e national Sun Yat-sen, qui compta d\u2019embl\u00e9e deux mille \u00e9l\u00e8ves. Ce fut la premi\u00e8re fois que Qi Bangyuan constata le lien \u00e9troit entre l\u2019\u00e9ducation et le destin de la nation. La plupart des \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e Sun Yat-sen n\u2019avaient pas de foyer ; l\u2019\u00e9cole \u00e9tait leur seul refuge, ce qui fit na\u00eetre naturellement entre enseignants et \u00e9l\u00e8ves des liens aussi \u00e9troits que ceux d\u2019une famille. \u00ab M\u00eame s\u2019il ne restait que trois familles dans le Chu, ce serait le Chu qui ferait tomber l\u2019Qin \u00bb devint le mot d\u2019ordre qui les unissait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la guerre de r\u00e9sistance a \u00e9clat\u00e9, ce groupe d\u2019adolescents, emmen\u00e9s par leurs professeurs, a quitt\u00e9 Nankin pour se rendre \u00e0 Wuhan, en passant par le Hunan, le Guangxi, puis le Sichuan. Tout au long du trajet, ils ont \u00e9t\u00e9 constamment menac\u00e9s par les bombardements et les pertes humaines \u00e9taient \u00e0 tout moment possibles, mais les \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e Zhongshan ont n\u00e9anmoins continu\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier et \u00e0 chanter sans rel\u00e2che, ce qui constitue une page l\u00e9gendaire de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9ducation pendant la guerre de r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lyc\u00e9e Zhongshan a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en raison de la guerre, tandis que le lyc\u00e9e Nankai, o\u00f9 a \u00e9tudi\u00e9 Qi Bangyuan, et l\u2019universit\u00e9 de Wuhan ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s \u00e0 cause de la guerre. Fond\u00e9 en 1904 par M. Zhang Boling, le lyc\u00e9e Nankai fut un pionnier de l\u2019\u00e9ducation moderne en Chine. Parmi ses anciens \u00e9l\u00e8ves figurent les deux Premiers ministres Zhou Enlai et Wen Jiabao, les deux pr\u00e9sidents de l\u201c\u201d Acad\u00e9mie centrale des sciences \u00bb Qian Siliang et Wu Dayou, ainsi que d\u2019innombrables personnalit\u00e9s culturelles telles que Cao Yu, Mu Dan et Duanmu Hongliang. L\u2019universit\u00e9 de Wuhan, haut lieu universitaire de la Chine centrale, dont le pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e9tait l\u2019\u00e9cole Ziqiang fond\u00e9e par Zhang Zhidong, fit partie de la premi\u00e8re vague d\u2019universit\u00e9s nationales chinoises en 1928. Lorsque la guerre de r\u00e9sistance \u00e9clata, le lyc\u00e9e Nankai fut transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Shapingba, \u00e0 Chongqing, tandis que l\u2019universit\u00e9 de Wuhan fut d\u00e9plac\u00e9e \u00e0 Leshan.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"852\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-1200x852.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10856\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-1200x852.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-500x355.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-300x213.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-768x545.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-106x75.jpeg 106w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3010-480x341.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Bangyuan (deuxi\u00e8me \u00e0 droite \u00e0 l'arri\u00e8re) et d'autres anciens \u00e9l\u00e8ves de Nankai ont accompagn\u00e9 Wang Shirui (deuxi\u00e8me \u00e0 gauche \u00e0 l'avant) pour qu'il rejoigne l'initiative \u201c 100 000 jeunes, 100 000 soldats \u201d \u2014<a href=\"https:\/\/detail.youzan.com\/show\/goods?alias=2759m82e2f4v6&amp;reft=1502952134954&amp;spm=fake16936194\">\u00ab Le Grand Fleuve \u00bb<\/a>P116<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme Qi Bangyuan a eu l\u2019immense chance de pouvoir poursuivre ses \u00e9tudes normalement malgr\u00e9 la guerre. M\u00eame dans les conditions les plus d\u00e9favorables, l\u2019universit\u00e9 de Nankai a continu\u00e9 \u00e0 faire preuve de la m\u00eame rigueur en mati\u00e8re de qualit\u00e9 de l\u2019enseignement. Ces six ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 Nankai ont insuffl\u00e9 \u00e0 Qi Bangyuan de profondes aspirations personnelles, \u00e0 l\u2019image des paroles de l\u2019hymne de l\u2019universit\u00e9 : \u00ab Sagesse, courage, candeur et \u00e9l\u00e9gance \u00bb. Lorsqu\u2019elle a int\u00e9gr\u00e9 l\u2019universit\u00e9 de Wuhan \u00e0 Leshan, elle s\u2019est consacr\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature sous la direction de professeurs \u00e9minents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vie mat\u00e9rielle en temps de guerre \u00e9tait difficile, mais que ce soit les cours de chinois de Meng Zhishun, surnomm\u00e9 \u201c le Ma\u00eetre Meng passionn\u00e9 \u201d \u00e0 Nankai, ou ceux de litt\u00e9rature anglaise et am\u00e9ricaine de Zhu Guangqian \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Wuhan, la litt\u00e9rature et la philosophie de vie de Wu Mi (1894-1978), ou encore les cours sur Shakespeare de Yuan Changying (1894-1973), tous ces enseignements ont \u00e9t\u00e9 pour les \u00e9tudiants une v\u00e9ritable bouff\u00e9e d\u2019air frais, dont ils ont tir\u00e9 profit tout au long de leur vie. Au cours de ces ann\u00e9es o\u00f9 des millions de personnes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es et o\u00f9 les fondements de la culture chinoise ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment \u00e9branl\u00e9s, Qi Bangyuan a pu constater, \u00e0 travers sa propre exp\u00e9rience, l\u2019importance du savoir et de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 1970, alors que Mme Qi travaillait \u00e0 l\u201c\u201d Institut national de traduction et de compilation \u00bb, elle eut l\u2019intention de r\u00e9viser les manuels de chinois du secondaire, ce qui lui valut, contre toute attente, une vague de critiques d\u00e9ferlantes. Mme Qi tenait \u00e0 ce que ces six volumes ne soient pas ax\u00e9s sur la politique, mais qu\u2019ils suscitent l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la lecture et enrichissent les connaissances linguistiques. On imagine ais\u00e9ment comment elle a d\u00fb composer avec ses d\u00e9tracteurs ; l\u2019essentiel est qu\u2019elle ait surmont\u00e9 de nombreux obstacles pour mener \u00e0 bien son projet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En comparant aujourd\u2019hui le contenu des anciennes et des nouvelles \u00e9ditions des manuels scolaires, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de s\u2019\u00e9tonner que les points de controverse qui avaient fait tant de bruit \u00e0 l\u2019\u00e9poque soient d\u00e9j\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9s aux oubliettes. Lorsque les enseignants et les \u00e9l\u00e8ves des coll\u00e8ges ta\u00efwanais utiliseront \u00e0 l\u2019avenir un manuel de langue chinoise \u00e0 la fois litt\u00e9raire et accessible, imagineront-ils que l\u2019enthousiasme des instigateurs de cette initiative tient peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 leur exp\u00e9rience \u00e0 Nankai : un bon professeur et un bon manuel peuvent, m\u00eame dans les moments les plus sombres, \u00e9clairer des \u00e2mes sensibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fil conducteur des r\u00e9cits de Mme Qi sur ses \u00e9tudes ou son exp\u00e9rience d\u2019enseignante est sa conscience d\u2019\u00eatre une femme. Dans les ann\u00e9es 1930 et 1940, l\u2019acc\u00e8s des femmes \u00e0 l\u2019\u00e9ducation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assez r\u00e9pandu, mais il n\u2019\u00e9tait toujours pas facile de faire carri\u00e8re apr\u00e8s l\u2019obtention du dipl\u00f4me. Apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me au d\u00e9partement de langues \u00e9trang\u00e8res de l\u2019universit\u00e9 de Wuhan, Qi Bangyuan s\u2019est retrouv\u00e9e dans une v\u00e9ritable impasse. Elle a envisag\u00e9 de poursuivre ses \u00e9tudes, mais, devenant \u00e9pouse puis m\u00e8re, elle s\u2019est alors engag\u00e9e dans une toute autre vie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"852\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-1200x852.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10857\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-1200x852.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-500x355.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-300x213.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-768x545.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-106x75.jpeg 106w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3011-480x341.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Bangyuan pendant ses \u00e9tudes \u00e0 l'universit\u00e9 de Wuhan. \u2014 Chapitre III de *Le Grand Fleuve*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais Mme Qi n\u2019a jamais renonc\u00e9 \u00e0 son r\u00eave de poursuivre ses \u00e9tudes. Elle se souvient de son arriv\u00e9e au d\u00e9partement de langues \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Universit\u00e9 nationale de Taipei, o\u00f9, d\u00e8s qu\u2019elle a franchi la porte, elle a \u00e9t\u00e9 captiv\u00e9e par les piles de livres qui s\u2019empilaient dans le bureau ; ou encore, lorsqu\u2019elle enseignait au lyc\u00e9e n\u00b0 1 de Taichung, de ce sentiment de \u201c bonheur \u201d qu\u2019elle \u00e9prouvait \u00e0 \u201c voler quelques heures entre le march\u00e9, le po\u00eale \u00e0 charbon, les biberons et les couches pour renouer avec les connaissances qui lui \u00e9taient ch\u00e8res \u201d. Ce n\u2019est que vingt ans apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me universitaire qu\u2019elle a eu l\u2019occasion de se replonger dans les livres ; elle avait alors pr\u00e8s de quarante-cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1968, Qi Bangyuan a int\u00e9gr\u00e9 l'institut de recherche de l'universit\u00e9 de l'Indiana, aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 elle a mis \u00e0 profit chaque minute de temps \u201c vol\u00e9e \u201d pour \u00e9tudier d'arrache-pied, qualifiant cette ann\u00e9e de \u201c la plus \u00e9puisante mais aussi la plus enrichissante \u201d de sa vie. Cependant, alors que son master \u00e9tait \u00e0 port\u00e9e de main, elle a d\u00fb tout abandonner pour des raisons familiales, et c'est notamment son p\u00e8re qui l'a pouss\u00e9e \u00e0 prendre cette d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Mme Bangyuan, n\u2019est-ce pas l\u00e0 le \u201c fleuve gigantesque \u201d qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 franchir dans sa vie ? M. Qi est m\u00e9lancolique, car il sait qu\u2019il a \u00e0 la fois les capacit\u00e9s et l\u2019occasion de rejoindre l\u2019autre rive, mais que, malgr\u00e9 tous ses espoirs, celle-ci reste hors de sa port\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est int\u00e9ressant de noter que, si chez M. Qi Shiying, la rivi\u00e8re Juliu est le th\u00e9\u00e2tre de remous \u00e9piques, la \u201c rivi\u00e8re Juliu \u201d de Mme Bang Yuan n\u2019a rien \u00e0 voir avec cela. Sa \u201c rivi\u00e8re \u201d n\u2019est remplie que des r\u00e8gles de conduite d\u2019une \u00e9pouse et d\u2019une m\u00e8re exemplaire, ainsi que des responsabilit\u00e9s familiales qui se r\u00e9p\u00e8tent jour apr\u00e8s jour. Mais ces \u00e9preuves de la vie \u201c quotidienne \u201d, si insignifiantes en apparence, si longues et si p\u00e9nibles, ne sont pas forc\u00e9ment moins difficiles qu\u2019une bataille ou une lutte politique. Dans les cercles intellectuels, les femmes de la g\u00e9n\u00e9ration de M. Qi ont connu trop souvent l\u2019impuissance face \u00e0 des efforts qui ne portaient pas leurs fruits. Ce n\u2019est que bien des ann\u00e9es plus tard qu\u2019elle a pu l\u2019accepter sereinement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c Le Grand Fleuve \u201d retrace le cours tumultueux de l\u2019histoire moderne de la Chine ainsi que les personnes et les \u00e9v\u00e9nements qui y ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par le courant ; il va sans dire que l\u2019ouvrage suscite une profonde \u00e9motion ; pour reprendre un discours r\u00e9cemment en vogue, il semble \u00e9galement s\u2019agir d\u2019un livre rendant hommage aux \u201c perdants \u201d. Si la raison de cet hommage tient au fait qu\u2019ils sont des \u201c perdants \u201d, cela semble faire abstraction de la force de sublimation de la volont\u00e9 individuelle face aux al\u00e9as du destin, ainsi que de la \u201c lueur cach\u00e9e de la vertu \u201d qui en \u00e9mane. La maxime tir\u00e9e de la *Deuxi\u00e8me \u00c9p\u00eetre \u00e0 Timoth\u00e9e* de la Bible m\u00e9rite r\u00e9flexion : \u00ab J\u2019ai combattu le bon combat, j\u2019ai achev\u00e9 la course, j\u2019ai gard\u00e9 la foi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"972\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-1200x972.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10858\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-1200x972.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-500x405.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-300x243.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-768x622.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-15x12.jpeg 15w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-93x75.jpeg 93w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3012-480x389.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Bangyuan (deuxi\u00e8me \u00e0 droite \u00e0 l'avant) et Bai Xianyong (troisi\u00e8me \u00e0 droite \u00e0 l'arri\u00e8re) en compagnie d'amis lors d'une r\u00e9union<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est rare, dans les m\u00e9moires en g\u00e9n\u00e9ral, de trouver une convergence aussi \u00e9troite et sinc\u00e8re entre l\u2019histoire et la litt\u00e9rature que celle qui se d\u00e9gage de nombreux chapitres de *Le Grand Fleuve*. En racontant sa propre vie, Qi Bangyuan t\u00e9moigne de la puissance omnipr\u00e9sente de la litt\u00e9rature. Son initiation \u00e0 la litt\u00e9rature remonte \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nankai ; les cours de po\u00e9sie chinoise de son professeur Meng Zhishun l\u2019ont amen\u00e9e \u00e0 \u201c r\u00e9citer avec une passion enivrante, \u00e0 appr\u00e9cier toutes ces \u0153uvres, qui restent encore aujourd\u2019hui grav\u00e9es dans son c\u0153ur \u201d. Les cours de po\u00e9sie anglaise du professeur Zhu Guangqian, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Wuhan, lui ont quant \u00e0 eux ouvert les portes de cette grande \u00e2me po\u00e9tique qui, depuis le romantisme, a boulevers\u00e9 les cultures anglaise et am\u00e9ricaine. La s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du cycle de po\u00e8mes \u201c Lucy \u201d de Wordsworth, les images l\u00e9g\u00e8res et libres de \u00ab Le Chant de l\u2019alouette \u00bb de Shelley, ainsi que la lyricit\u00e9 de \u00ab L\u2019Ode au rossignol \u00bb de Keats, qui \u00e9voque la myst\u00e9rieuse alternance entre la vie et la mort, ont tous profond\u00e9ment boulevers\u00e9 cette \u00e9tudiante chinoise \u00e2g\u00e9e de moins de vingt ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face au chaos et \u00e0 la mort de la guerre, le po\u00e8me, d\u2019une voix rythm\u00e9e et percutante, appelle Qi Bangyuan \u00e0 pr\u00e9server l\u2019ordre et la dignit\u00e9 de la vie. Le jeune homme \u201c conna\u00eet bien \u201d l\u2019amertume du chagrin ; les vers de l\u201c\u201d \u00c9l\u00e9gie \u201c de Shelley \u201d I die ! I faint ! I fail ! \u00bb trouve en elle un \u00e9cho infini. Mais \u00ab ce qui me pr\u00e9occupe, ce n\u2019est pas seulement la vie ou la mort d\u2019une personne, c\u2019est le sentiment que sa vie et sa mort sont intimement li\u00e9es au monde, \u00e0 l\u2019existence humaine et au temps qui s\u2019\u00e9coule au rythme du jour et de la nuit. Nous sommes si jeunes, et pourtant nous sommes entra\u00een\u00e9s dans une guerre si vaste et qui semble sans fin \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9 la terrible nouvelle de la mort au combat de Zhang Dafei est tomb\u00e9e, le po\u00e8me de Whitman \u201c \u00d4 capitaine ! Mon capitaine ! \u201d a exprim\u00e9 sa douleur et sa confusion. \u201c O the bleeding drops of red, \/ Where on the deck my Captain lies, \/ Fallen cold and dead. \u201d \u00ab Ces vers puissants, traversant le Pacifique, font \u00e9cho au deuil de tous. \u00bb La tristesse s\u2019\u00e9l\u00e8ve ainsi au rang de compassion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs ann\u00e9es plus tard, M. Qi publia un recueil de critiques litt\u00e9raires en chinois intitul\u00e9 *Les larmes du mill\u00e9naire*. Le titre de l\u2019ouvrage est tir\u00e9 du *Du Shi Jing Quan*, qui cite le commentaire de Wang Sisheng sur le po\u00e8me *Adieu sans foyer* de Du Fu : \u201c Ayant \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de cette sc\u00e8ne, il composa un po\u00e8me et versa ainsi les larmes du mill\u00e9naire. \u201d La vie, la mort, la nostalgie, l\u2019amour et les liens familiaux s\u2019entrem\u00ealent pour former les th\u00e8mes communs de l\u2019existence ; seuls les po\u00e8tes, gr\u00e2ce \u00e0 leur c\u0153ur pur et \u00e0 leur regard perspicace, sont capables de \u201c voir de leurs propres yeux \u201d et de graver ces exp\u00e9riences dans leur m\u00e9moire, pour en faire des \u00e9chos qui r\u00e9sonnent \u00e0 travers les si\u00e8cles. Les larmes de Mme Qi ne font pas seulement \u00e9cho \u00e0 celles de Du Fu, vers\u00e9es il y a un mill\u00e9naire ; elles sont aussi celles de ses professeurs Meng Zhishun et Zhu Guangqian, qu\u2019elle a compris \u00e0 la lumi\u00e8re de Du Fu, ainsi que celles de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"852\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-1200x852.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10859\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-1200x852.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-500x355.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-300x213.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-768x545.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-18x12.jpeg 18w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-106x75.jpeg 106w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3013-480x341.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qi Bangyuan (premi\u00e8re \u00e0 gauche) a fond\u00e9, avec des amis, la revue \u00ab Pen Club Quarterly \u00bb, qui a grandement contribu\u00e9 \u00e0 l'internationalisation de la litt\u00e9rature ta\u00efwanaise \u2014 Chapitre 10 de \u00ab Le Grand Fleuve \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le charme de la litt\u00e9rature ne r\u00e9side pas seulement dans un d\u00e9ferlement d\u2019\u00e9motions aussi vaste qu\u2019un grand fleuve ou une immense mer, mais surtout dans la riche \u00e9nergie sp\u00e9culative et imaginative qu\u2019elle rec\u00e8le, toujours pr\u00eate \u00e0 jaillir pour \u00e9mouvoir profond\u00e9ment les lecteurs de toutes les \u00e9poques et de tous les lieux ; Or, les critiques litt\u00e9raires sont pr\u00e9cis\u00e9ment les lecteurs les plus assidus et les plus perspicaces : ils saisissent les subtilit\u00e9s cach\u00e9es entre les lignes des \u0153uvres et ouvrent ainsi la voie \u00e0 d\u2019innombrables possibilit\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les po\u00e8mes de Du Fu et de Xin Qiji ont certes profond\u00e9ment \u00e9mu Qi Bangyuan, mais la litt\u00e9rature occidentale \u2013 des \u00e9pop\u00e9es grecques et romaines \u00e0 l\u2019\u00e9poque romantique et \u00e0 l\u2019\u00e8re victorienne, en passant par les modernistes tels qu\u2019Eliot \u2013 lui a \u00e9galement beaucoup parl\u00e9. Mme Qi a un jour mentionn\u00e9 que, parmi les \u0153uvres litt\u00e9raires antiques occidentales, elle avait une pr\u00e9dilection particuli\u00e8re pour l\u2019\u00e9pop\u00e9e romaine *L\u2019\u00c9n\u00e9ide* (The Aeneid).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u201c\u201d \u00c9n\u00e9ide \u00bb raconte comment, apr\u00e8s la guerre de Troie, \u00c9n\u00e9e (Aeneas) a travers\u00e9 la mer avec un groupe de \u00ab survivants \u00bb \u00e0 la recherche d'une nouvelle patrie. Apr\u00e8s avoir surmont\u00e9 de nombreuses \u00e9preuves, ils finirent par fonder l\u2019Empire romain en Italie. Mais \u00c9n\u00e9e lui-m\u00eame n\u2019eut pas la chance de voir le fruit de ses efforts ; il mourut pr\u00e9matur\u00e9ment, laissant son \u0153uvre inachev\u00e9e. Une telle \u00e9pop\u00e9e, racont\u00e9e par Madame Qi, prend manifestement vie sous nos yeux, ce qui nous permet de mieux comprendre ses sentiments.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1995, \u00e0 l\u2019occasion du cinquanti\u00e8me anniversaire de la victoire dans la guerre de r\u00e9sistance, Qi Bangyuan se rendit \u00e0 Weihai, dans le Shandong, pour participer \u00e0 une conf\u00e9rence. Debout au bord de la baie de Bohai, elle regarda vers le nord : c\u2019\u00e9tait sans doute la p\u00e9ninsule du Liaodong, et plus au nord encore se trouvait sa ville natale, Tieling. Cependant, Qi participait \u00e0 cette conf\u00e9rence en tant que chercheuse ta\u00efwanaise et devait bient\u00f4t retourner \u00e0 Ta\u00efwan. Elle ne put s\u2019emp\u00eacher de s\u2019exclamer : \u201c Apr\u00e8s cinquante ans pass\u00e9s \u00e0 Ta\u00efwan, je reste une \u2018\u00e9trang\u00e8re\u2019, comme ce navire qui ne peut jamais rentrer chez lui (Le Hollandais volant). \u201d \u2014 \u201c Une larme vers\u00e9e pour mille ans de m\u00e9lancolie \u201d : les larmes de Du Fu se sont transform\u00e9es en celles de Qi Bangyuan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le m\u00eame temps, elle repensa \u00e0 la fin du roman *Un voyage en Inde* d\u2019E. M. Forster : \u201c Oublier compl\u00e8tement les blessures : \u2018Ce n\u2019est pas maintenant, ce n\u2019est pas ici\u2019 (not now, not here). \u201d Ces multiples interactions entre la litt\u00e9rature occidentale et la litt\u00e9rature orientale suffisent \u00e0 nous faire comprendre que, lorsque le cours de l\u2019histoire atteint un moment o\u00f9 toute issue semble impossible, c\u2019est la litt\u00e9rature qui ouvre soudainement un autre horizon, faisant ainsi na\u00eetre une nouvelle dimension de r\u00e9flexion sur la vie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"876\" src=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-1200x876.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10860\" srcset=\"https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-1200x876.jpeg 1200w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-500x365.jpeg 500w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-300x219.jpeg 300w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-768x561.jpeg 768w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-16x12.jpeg 16w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-103x75.jpeg 103w, https:\/\/www.yzzks.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/2024-03-3014-480x350.jpeg 480w\" sizes=\"(max-width:767px) 480px, (max-width:1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/figure>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u9f50\u90a6\u5a9b\u6559\u6388\u662f\u53f0\u6e7e\u6587\u5b66\u548c\u6559\u80b2\u754c\u6700\u53d7\u656c\u91cd\u7684\u4e00\u4f4d\u524d\u8f88\uff0c\u5f1f\u5b50<span class=\"excerpt-hellip\"> [\u2026]<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10865,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":21,"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-10843","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latest-news"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10843","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10843"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10843\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10874,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10843\/revisions\/10874"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10865"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10843"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10843"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yzzks.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10843"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}